Si l’on veut informer et mobiliser correctement les habitants d’un territoire, il faut les alerter sur ce qu’ils risquent sur le long terme et les amener à réaliser que les pouvoirs publics ne seront pas en mesure de tout gérer. Les campagnes pluie-inondation du Ministère, les outils de sensibilisation déployés par les collectivités et les événements organisés à l’occasion de la Journée Nationale de la Résilience du 13 octobre font déjà le travail. Ce sont des outils essentiels pour communiquer sur les gestes de bonne conduite individuelle à tenir pour ne pas être piégé dans sa voiture, attendre les secours dans un espace refuge, trouver l’information pour être en alerte, etc.
Le CEPRI a voulu aller plus loin en créant un jeu sérieux d’auto-mobilisation citoyenne pour favoriser l’anticipation, l’organisation personnelle et la solidarité de voisinage. Comment puis-je me préparer ? Quelles actions simples puis-je mettre en place dans mon quartier pour faire passer l’information à tous ceux que je connais ? Y a-t-il autour de moi des personnes vulnérables qu’il faudrait aider à s’organiser ? Etc.
L’objectif étant que le jeu puisse faire effet boule de neige afin de toucher le plus grand nombre d’habitants, il a pris la forme d’une fresque, à l’image de la fresque du climat. Une fresque hybridée avec un jeu de rôle, pour que les participants puissent s’immerger dans une crise et comprendre comment les situations personnelles de chacun vont engendrer des impacts différents. C’est aussi un jeu collaboratif où on s’intéresse aussi à la vie de son voisin.
Le jeu a été élaboré dans le cadre d’un accompagnement spécifique de la Ville de Paris, avec l’aide de ses Volontaires. Fruit d’un véritable travail collectif, ce jeu a été co-conçu avec les Volontaires de Paris. Pas moins de 10 ateliers de réflexion ont été nécessaires pour imaginer le plateau, affiner les règles et peaufiner chaque détail. Travailler avec les Volontaires sur le déroulé du jeu et la préparation du matériel était une garantie que le jeu soit adapté aux Parisiens, robuste, et au bon niveau d’information.
Le jeu a été joué une première fois avec le grand public le 14 décembre 2024. Les tests réalisés avec les Parisiens en décembre et en début d’année 2025 sont très positifs : les projeter dans un scénario plausible de catastrophe précis et concret répond à beaucoup de leurs questions, et les rassure sur leur capacité à réagir. Il leur permet de comprendre les spécificités de leur inondation – qui est souvent loin des images médiatisées – et de prendre conscience de la lenteur que peut prendre le processus de relèvement du territoire. C’est particulièrement le cas dans des métropoles où tout est systémique et où la dépendance aux infrastructures réseau – électricité, eau, assainissement, telecom, transport,… – est très importante.






Comment se joue la Fresque de la Crue de la Seine ?
La règle est simple : l’animateur fait le récit de la propagation de l’inondation et explique ce que les pouvoirs publics vont mettre en place au fur et à mesure. Les joueurs endossent le rôle d’un habitant et expriment les impacts que l’inondation et les décisions publiques vont avoir sur eux et leur famille. Ils sont amenés à prendre des décisions pour réagir à la crise. A la fin du scénario, l’animateur demande à chacun comment il a vécu la crue et ce qu’il aurait pu faire par anticipation pour que l’impact sur sa vie personnelle soit moins important : prévoir un point de chute pour habiter le temps que l’électricité revienne, aider sa voisine âgée et isolée à s’inscrire sur les fichiers santé communiqués aux organismes de protection civile, prévenir son artisan boulanger pour qu’il réfléchisse à la continuité de son activité quand ses employés ne pourront plus venir faute de transports en commun,…
Outil de mise en situation, la fresque de la crue est aussi un outil d’apprentissage car la première partie de la séance est dédiée à l’explication du phénomène de l’inondation par l’animateur à l’aide de planches explicatives et de photos. Il s’agit d’aider les habitants à comprendre ce qui peut arriver jour après jour quand l’eau monte, que l’on ne sait pas encore à combien va monter le pic de crue, quand l’eau va descendre, plus ou moins lentement, et quand il va falloir attendre que les services publics soient remis en service. Il s’agit aussi de les aider à faire la part des choses entre ce que la collectivité, l’Etat et les concessionnaires de services publics ont prévu de faire dans leurs documents de crise, pour réduire les effets de la catastrophe et mettre en sécurité les personnes, et ce qui reste du ressort de l’organisation individuelle, pour soi mais aussi ses voisins. Que devrai-je faire pendant la crise, après la crise, mais surtout en anticipation, pour réduire l’impact sur ma vie ? L’accent est mis sur les actions simples de solidarité citoyenne qui peuvent être mises en place dans mon immeuble, mon quartier, à mon travail…
Le matériel est simple et à la portée de n’importe quel habitant-animateur : des cartes imprimables sur une imprimante personnelle, un rouleau de papier blanc et des marqueurs. Un guide de l’animateur et des cartes “mémo-crue” informatives servent d’antisèche. Le jeu aborde en effet des questions techniques sur les moyens de protection (batardeau, système d’endiguement, barrage de rétention,…) et sur la nature de l’inondation. Il est ludique mais doit être joué dans un endroit calme où l’on peut poser des questions, écouter les autres et apprendre. Le nombre de joueurs recommandé est de 4 à 7 personnes, en plus de l’animateur. Les joueurs sont incités à l’issue du jeu à suivre une formation pour être en mesure eux-mêmes d’animer une fresque autour d’eux, chez leurs voisins, dans leur famille, au travail…
Bientôt d’autres Fresques !
Ce jeu développé avec la Ville de Paris peut être adapté à n’importe quelle inondation grave et situation géographique. Il va être développé à Orléans, et des discussions sont en cours pour le développer dans d’autres territoires !
Vous voulez déployer une fresque de l’inondation sur votre territoire ? Contactez nous : info@cepri.net.
Et ne manquez pas de lire notre article sur ce sujet dans le n°48 de Secours Mag !